{"id":4843,"date":"2006-04-03T14:44:19","date_gmt":"2006-04-03T14:44:19","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost:81\/dados_wp\/2006\/04\/03\/mon-bonheur-et-mon-tresor\/"},"modified":"2006-04-03T14:44:19","modified_gmt":"2006-04-03T14:44:19","slug":"mon-bonheur-et-mon-tresor","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/agencia.ecclesia.pt\/portal\/mon-bonheur-et-mon-tresor\/","title":{"rendered":"Mon bonheur et mon tr\u00e9sor"},"content":{"rendered":"<p>Confer\u00eancia de Quaresma proferida por D. Jos\u00e9 Policarpo na Bas\u00edlica de Notre-Dame <!--more--> Mon bonheur et mon tr\u00e9sor  \u00c9minence Mes Fr\u00e8res et s\u0153urs,  \t1. C\u2019est un grand honneur pour moi d\u2019inaugurer le cycle des Conf\u00e9rences de Car\u00eame, dans ce haut-lieu de la spiritualit\u00e9 europ\u00e9enne qu\u2019est Notre-Dame de Paris, justement dans l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 nous c\u00e9l\u00e9brerons, en cette ville, le Congr\u00e8s International pour la Nouvelle \u00c9vang\u00e9lisation, dont le but est de frayer des chemins pour annoncer \u00e0 nouveau aux habitants de nos grandes villes, J\u00e9sus Christ, source d\u2019esp\u00e9rance et cl\u00e9 du bonheur pour les hommes de tous les temps. En effet, comme le proclame le Concile Vatican II, \u00ab le myst\u00e8re de l\u2019homme ne s\u2019\u00e9claire vraiment que dans le myst\u00e8re du Verbe incarn\u00e9 \u00bb1. \tNous avons choisi comme fil conducteur pour ces cat\u00e9ch\u00e8ses de Car\u00eame l\u2019\u00c9vangile des B\u00e9atitudes, qui nous situe au c\u0153ur de cette aventure humaine qu\u2019est la recherche de la vie et du bonheur. En m\u00eame temps, le Christ nous est pr\u00e9sent\u00e9 l\u00e0 comme la source d\u00e9cisive de la vie et du bonheur. Quand le Seigneur proclame les B\u00e9atitudes, il parle de lui-m\u00eame, en se pr\u00e9sentant comme chemin de vie pour ceux qui acceptent de le suivre. Vraiment, quand on parle de bonheur, on parle de la vie et des chemins \u00e0 parcourir pour atteindre sa pl\u00e9nitude. Le Seigneur nous dit que le chemin de la vie n\u2019est plus seulement une loi, mais une Personne qu\u2019il faut suivre, \u00e0 qui nous pouvons nous identifier, et qui n\u2019est autre que lui-m\u00eame : \u00ab Je suis le chemin, la v\u00e9rit\u00e9 et la vie \u00bb (Jn 14, 6). L\u2019\u00c9glise sait, dans sa foi et dans son exp\u00e9rience, que pour aider les hommes \u00e0 trouver les chemins du bonheur et de la vie, elle doit leur annoncer J\u00e9sus-Christ, les guider \u00e0 la rencontre de J\u00e9sus-Christ. Elle le fait en t\u00e9moignant de ce que sont la vie et le bonheur.  La recherche du bonheur \t2. La recherche du bonheur, c\u2019est bien l\u2019expression de la recherche de la vie la plus profond\u00e9ment enracin\u00e9e dans le c\u0153ur humain, dans tous les temps et cultures. En notre temps, et dans le contexte de notre civilisation occidentale, cette recherche du bonheur s\u2019exprime de deux fa\u00e7ons : dans la recherche des r\u00e9alit\u00e9s o\u00f9 on esp\u00e8re trouver le bonheur, et dans l\u2019inqui\u00e9tude de les perdre ou de ne pas les obtenir. Quand ces inqui\u00e9tudes laissent place \u00e0 la peur, le bonheur peut \u00eatre compromis. \tQuelles sont les r\u00e9alit\u00e9s dans lesquelles nos contemporains investissent pour trouver du bonheur ?  Avant tout, dans l\u2019amour, dans l\u2019esp\u00e9rance d\u2019un mariage heureux et d\u2019amiti\u00e9s solides et fid\u00e8les. La recherche d\u2019une communion et le d\u00e9sir d\u2019intimit\u00e9 interpersonnelle continuent \u00e0 occuper la premi\u00e8re place dans le vocabulaire du bonheur. Mais nous connaissons toutes les menaces qui se pr\u00e9sentent sur ce chemin du bonheur : le manque de gratuit\u00e9 et de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 dans le don de soi-m\u00eame ; la difficult\u00e9 de faire grandir, dans la dur\u00e9e de la fid\u00e9lit\u00e9, les rapports d\u2019amour, ce qui m\u00e8ne \u00e0 la tentation de toujours recommencer. \tEnsuite, le d\u00e9sir d\u2019avoir un travail stable, qui puisse \u00eatre la r\u00e9alisation des capacit\u00e9s personnelles et d\u2019une cr\u00e9ativit\u00e9. A ce besoin est li\u00e9 un des ph\u00e9nom\u00e8nes les plus impressionnants de notre temps : les migrations. Des foules immenses se d\u00e9placent et quittent leur pays \u00e0 la recherche d\u2019autres lieux, o\u00f9 elles esp\u00e8rent trouver de meilleures conditions de vie et de bonheur. \tFinalement, beaucoup de nos contemporains mettent leur esp\u00e9rance de bonheur dans la possession de biens mat\u00e9riels : l\u2019argent et toutes sortes de richesses. L\u2019avoir devient la garantie du bonheur. Tous ces biens, cherch\u00e9s et d\u00e9sir\u00e9s, nos contemporains veulent les obtenir vite. L\u2019homme moderne a h\u00e2te de vivre, il veut \u00e9puiser la vie le plus vite possible. On perd de plus en plus la patience de la dur\u00e9e, du chemin \u00e0 parcourir ; on a perdu le sens de l\u2019\u00e9ternit\u00e9, la sagesse pour comprendre qu\u2019en ce monde on go\u00fbte \u00e0 peine le d\u00e9but de la vie. Avec cette h\u00e2te de vivre, on  risque de consid\u00e9rer chacun de ces biens, une fois poss\u00e9d\u00e9, comme notre tr\u00e9sor et notre richesse.  La vraie b\u00e9atitude \t3. \u00c0 tous ceux qui cherchent la vie et le bonheur en s\u2019\u00e9vertuant \u00e0 les trouver ici ou l\u00e0, le Seigneur proclame l\u2019\u00c9vangile des B\u00e9atitudes, qui nous sont pr\u00e9sent\u00e9es comme chemin de la vie. Et J\u00e9sus le fait en \u00ab voyant les foules \u00bb (Mt 5, 1). C\u2019est la vie concr\u00e8te d\u2019hommes concrets qui porte le Seigneur \u00e0 proclamer quel est le vrai chemin de la vie. Il s\u2019agit de sa sollicitude de Bon Pasteur vis-\u00e0-vis des foules : \u00ab\u00c0 la vue des foules il en eut piti\u00e9, car ces gens \u00e9taient fatigu\u00e9s et prostr\u00e9s comme des brebis qui n\u2019ont pas de berger\u00bb (Mt 9, 36). Nous avons d\u00e9j\u00e0 vu que le Seigneur, en d\u00e9crivant ces dispositions du c\u0153ur, parle de Lui-m\u00eame, des attitudes profondes de son c\u0153ur vis-\u00e0-vis de sa vie et de sa mission ; le chemin qu\u2019il indique, c\u2019est le chemin du Royaume de Dieu, et le Royaume est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent en Lui. Il est le chemin de la vie et ce chemin est un long parcours jusqu\u2019\u00e0 la pleine et d\u00e9finitive participation des disciples \u00e0 sa vie. Les B\u00e9atitudes d\u00e9crivent ce long chemin et la dimension eschatologique du vrai bonheur. \tLa description des dispositions int\u00e9rieures qui ouvrent le chemin de la vie, commence toujours par le mot \u00ab heureux \u00bb. Vraiment, il s\u2019agit de la pl\u00e9nitude de la vie, il s\u2019agit de la b\u00e9atitude. D\u2019apr\u00e8s la r\u00e9v\u00e9lation biblique, surtout chez les proph\u00e8tes et dans la litt\u00e9rature sapientielle, la b\u00e9atitude supr\u00eame est Dieu lui-m\u00eame : chercher le bonheur, c\u2019est chercher Dieu. La r\u00e9compense attendue par le juste, c\u2019est Dieu en personne. \u00ab Heureux ceux qui esp\u00e8rent en Lui \u00bb (Is 30, 8) ; \u00ab Heureux l\u2019homme qui se confie \u00e0 Toi \u00bb (Ps 84, 13). Le juste est celui qui craint Dieu, \u00e9coute sa Sagesse et observe sa Loi ; il attend ainsi le bonheur comme r\u00e9compense ; mais, en d\u00e9finitive, c\u2019est Dieu en personne qu\u2019il attend. Le d\u00e9sir du bonheur s\u2019identifie avec le d\u00e9sir de Dieu. Ce sentiment est exprim\u00e9 dans les Psaumes, la plus significative pri\u00e8re d\u2019Isra\u00ebl : \u00ab Qui donc aurais-je dans le ciel ? Avec toi, je suis sans d\u00e9sir sur la terre \u00bb (Ps 73, 25). \tCette vision biblique du bonheur et des chemins de la vie cadre le message de J\u00e9sus sur la b\u00e9atitude et la vie. En lui, la b\u00e9atitude trouve son accomplissement. Il vit pleinement la b\u00e9atitude qu\u2019il propose comme chemin de vie. J\u00e9sus nous appara\u00eet comme un homme heureux, surtout parce qu\u2019il vit une union parfaite avec Dieu, marqu\u00e9e par l\u2019identification au niveau de l\u2019\u00eatre, et par l\u2019intimit\u00e9 de la communion d\u2019amour. Il peut nous offrir le programme du bonheur chr\u00e9tien, du vrai chemin de la vie. C\u2019est ce qu\u2019il fait dans le discours des B\u00e9atitudes. \tCe cadrage bien d\u00e9fini du bonheur humain donne acc\u00e8s \u00e0 ce que J\u00e9sus appelle le \u00ab Royaume de Dieu \u00bb ou le \u00ab Royaume des Cieux \u00bb. Et la participation au Royaume suppose une attitude fondamentale, qui est la conversion du c\u0153ur. Le Seigneur cr\u00e9era en nous un c\u0153ur nouveau (cf. Jer 32, 39). La duret\u00e9 du c\u0153ur constitue, d\u2019apr\u00e8s la pr\u00e9dication de J\u00e9sus, le principal obstacle au Royaume de Dieu. Les dispositions nouvelles de ce c\u0153ur nouveau, c\u2019est ce que J\u00e9sus appelle \u00ab les b\u00e9atitudes \u00bb. \tCela nous invite \u00e0 situer notre entr\u00e9e dans le Royaume non seulement dans sa pl\u00e9nitude finale et eschatologique, l\u2019\u00e9tape du bonheur parfait et d\u00e9finitif, mais d\u00e9j\u00e0 dans le pr\u00e9sent historique de notre vie. Notre c\u0153ur, lorsqu\u2019il est renouvel\u00e9, nous invite \u00e0 regarder d\u2019une fa\u00e7on nouvelle toutes les r\u00e9alit\u00e9s de la vie : l\u2019amour, l\u2019argent, le travail, les loisirs. Le chr\u00e9tien devient protagoniste d\u2019un monde nouveau. C\u2019est l\u2019utopie de l\u2019esp\u00e9rance. Qui ne croit pas et ne se sent pas engag\u00e9 dans la construction d\u2019un monde nouveau ne pourra pas comprendre le discours des B\u00e9atitudes. \tLe chemin de la vie, indiqu\u00e9 par J\u00e9sus est un chemin \u00e0 parcourir, d\u00e8s maintenant, jusqu\u2019\u00e0 la pl\u00e9nitude finale du bonheur. L\u2019Esprit Saint, qui nous est donn\u00e9, devient la force d\u00e9cisive de cette recherche du bonheur. Le mot \u00ab heureux \u00bb qui ouvre chaque b\u00e9atitude, \u2013 toujours au pluriel, car J\u00e9sus parlait aux foules \u2013 sugg\u00e8re dans sa racine h\u00e9bra\u00efque, l\u2019id\u00e9e de quelqu\u2019un qui se met en route. J\u00e9sus ne parle pas d\u2019un bonheur imm\u00e9diat, h\u00e9doniste, selon les crit\u00e8res de ce monde, mais d\u2019une orientation profonde de l\u2019\u00e2me, dont on n\u2019atteindra la pl\u00e9nitude qu\u2019\u00e0 la maison du P\u00e8re. Pour J\u00e9sus, le bonheur est clairement un chemin \u00e0 parcourir2. Mais l\u2019expression est aussi utilis\u00e9e pour annoncer un don d\u00e9j\u00e0 re\u00e7u. A propos de ses paraboles, J\u00e9sus dit \u00e0 ses disciples : \u00abHeureux vos yeux parce qu\u2019ils voient, heureuses vos oreilles parce qu\u2019elles entendent \u00bb (Mt 13, 16). J\u00e9sus annonce la vraie b\u00e9atitude \u00e0 ceux qui l\u2019ont accueilli : \u00ab Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute\u00bb (Mt 11, 6), et \u00e0 ceux qui accueillent sa parole : \u00ab Heureux plut\u00f4t ceux qui \u00e9coutent la parole de Dieu et la gardent \u00bb (Lc 11, 28). Avec le mot \u00ab heureux \u00bb, le Seigneur annonce le Royaume de Dieu d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent en lui et \u00e0 l\u2019\u0153uvre chez les disciples et il invite \u00e0 continuer \u00e0 le rechercher jusqu\u2019\u00e0 sa pl\u00e9nitude. Seuls ceux qui ont accueilli le Royaume peuvent se mettre en route vers cette pl\u00e9nitude de la vie.  O\u00f9 est ton tr\u00e9sor, l\u00e0 aussi sera ton c\u0153ur \t4. L\u2019exp\u00e9rience ou la r\u00e9alit\u00e9 o\u00f9 l\u2019homme pense trouver son bonheur, devient son tr\u00e9sor, sa richesse. Dans sa pr\u00e9dication sur le Royaume, J\u00e9sus insiste beaucoup sur le vrai tr\u00e9sor, parce qu\u2019il sait que l\u2019homme y attachera son c\u0153ur. \u00ab Ne vous amassez point de tr\u00e9sors sur la terre\u2026 mais amassez-vous des tr\u00e9sors dans le Ciel \u00bb (Mt 7, 19-20). Au jeune homme riche, J\u00e9sus indique comme chemin du Royaume : \u00ab Si tu veux \u00eatre parfait, va, vends ce que tu poss\u00e8des, donne-le aux pauvres et tu auras un tr\u00e9sor aux cieux ; puis viens, suis-moi \u00bb (Mt 19, 21). Dans la vision qu\u2019offre J\u00e9sus, les richesses mat\u00e9rielles ne sont pas le vrai tr\u00e9sor : \u00ab En v\u00e9rit\u00e9, je vous le dis, il sera difficile \u00e0 un riche d\u2019entrer dans le Royaume des Cieux \u00bb (Mt 19, 23). Amasser des tr\u00e9sors mat\u00e9riels est insens\u00e9 dans la perspective ouverte par le Seigneur J\u00e9sus : \u00ab Ainsi en est-il de celui qui th\u00e9saurise pour lui-m\u00eame, au lieu de s\u2019enrichir en vue de Dieu \u00bb (Lc 12, 21). \tOn comprend mieux alors le d\u00e9but du Sermon sur la montagne : \u00ab En prenant la parole, il les enseignait : \u2018Heureux les pauvres de c\u0153ur, le Royaume des Cieux est \u00e0 eux\u2019 \u00bb (Mt 5, 3). \tPourquoi J\u00e9sus commence-t-il par cette attitude vis-\u00e0-vis des richesses ? Cela nous r\u00e9v\u00e8le un tr\u00e8s grand r\u00e9alisme et une profonde connaissance du c\u0153ur humain. Les richesses mat\u00e9rielles constituent le plus grand danger d\u2019endurcir notre c\u0153ur et de le rendre insensible \u00e0 la beaut\u00e9 du Royaume. J\u00e9sus ne parle pas seulement des pauvres au sens mat\u00e9riel, c\u2019est-\u00e0-dire de ceux qui n\u2019ont rien ou qui ont tr\u00e8s peu. Il se situe au niveau des dispositions nouvelles d\u2019un c\u0153ur renouvel\u00e9 selon les crit\u00e8res du Royaume de Dieu, qui s\u2019imposent aussi bien aux pauvres qu\u2019aux riches. \tIl y a, d\u2019une fa\u00e7on tr\u00e8s nette, une primaut\u00e9 de la \u00ab pauvret\u00e9 du c\u0153ur \u00bb dans le discours de J\u00e9sus. Cette premi\u00e8re b\u00e9atitude ouvre le chemin pour toutes les autres. On peut m\u00eame dire qu\u2019elle inclut les autres. Cela devient clair dans le contexte de la dimension morale et spirituelle de la pauvret\u00e9, et dans l\u2019Ancien comme dans le Nouveau Testament. \tLes pauvres sont, avant tout, les humbles : ceux qui ont un c\u0153ur simple, car ils savent qu\u2019ils ne d\u00e9pendent que de Dieu. Le proph\u00e8te Sophonie les appelle \u00ab les humbles de la terre \u00bb : \u00ab Cherchez Yahv\u00e9, vous tous, les humbles de la terre \u00bb (So 2, 3). C\u2019est la simplicit\u00e9 de l\u2019enfant qui aide \u00e0 accueillir le Royaume (cf. Mt 18, 1-4). Ce sont les simples et les tout-petits auxquels est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le Royaume (cf. Mt 11, 25). De tous ceux-l\u00e0 J\u00e9sus dit : \u00ab Heureux les doux \u00bb (Mt 5, 4). Le Messie avait \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9 comme humble et doux : \u00ab Voici que ton roi vient \u00e0 toi : il est juste et victorieux, humble et mont\u00e9 sur un \u00e2ne \u00bb (Za 9, 9). \tMais les pauvres sont surtout les humili\u00e9s, les pers\u00e9cut\u00e9s, les d\u00e9munis et opprim\u00e9s qui sont disponibles pour le Royaume. Le Messie lui-m\u00eame, le Serviteur, est annonc\u00e9 comme \u00ab m\u00e9pris\u00e9 et d\u00e9consid\u00e9r\u00e9 \u00bb, \u00ab frapp\u00e9 par Dieu et humili\u00e9 \u00bb (cf. Is 53, 4). Quand J\u00e9sus proclame : \u00ab Heureux les afflig\u00e9s \u00bb, il parle premi\u00e8rement de lui-m\u00eame, en attendant d\u2019\u00eatre suivi par ses disciples.  Un langage exigeant \t5. Si nous admettons que ce discours de J\u00e9sus est actuel et s\u2019adresse \u00e0 nos contemporains, que les B\u00e9atitudes sont proclam\u00e9es dans nos villes et nos soci\u00e9t\u00e9s, il faut reconna\u00eetre qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un langage tr\u00e8s fort. L\u2019\u00c9vangile de saint Jean nous raconte que les disciples, apr\u00e8s avoir \u00e9cout\u00e9 le discours du pain de la vie, dirent : \u00ab Ce langage-l\u00e0 est trop fort. Qui peut l\u2019\u00e9couter ? \u00bb (Jn 6, 60).  \u00ab Heureux les pauvres ! \u00bb Dans un monde poss\u00e9d\u00e9 par le d\u00e9sir de la richesse, o\u00f9 l\u2019avoir semble \u00eatre l\u2019expression m\u00eame de la vie, o\u00f9 la pauvret\u00e9 et les difficult\u00e9s mat\u00e9rielles sont consid\u00e9r\u00e9es comme une disgr\u00e2ce ; dans une soci\u00e9t\u00e9 et dans l\u2019ambiance culturelle, o\u00f9 le pouvoir \u00e9conomique tend \u00e0 influencer tous les autres pouvoirs ; o\u00f9 le concept m\u00eame de d\u00e9veloppement et de progr\u00e8s est li\u00e9 \u00e0 la production de richesses ; o\u00f9 la pauvret\u00e9 r\u00e9elle finit par \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme in\u00e9vitable, pourra-t-on proclamer, au nom de J\u00e9sus, cette bonne nouvelle du Royaume : \u00ab Heureux les pauvres\u00bb ? Nous qui cherchons le bonheur, demandons-nous o\u00f9 est notre tr\u00e9sor, o\u00f9 est notre richesse : \u00e0 la banque ou dans nos c\u0153urs ? \tL\u2019interpr\u00e9tation morale et spirituelle de cette b\u00e9atitude n\u2019exclut pas qu\u2019elle exige d\u2019\u00eatre concr\u00e9tis\u00e9e dans le d\u00e9tachement des biens mat\u00e9riels. J\u00e9sus semble l\u2019imposer \u00e0 ses disciples (cf. Mt 6, 19-21). Il donne, lui-m\u00eame, l\u2019exemple du d\u00e9tachement : \u00ab Le Fils de l\u2019homme, lui, n\u2019a pas o\u00f9 reposer la t\u00eate \u00bb (Mt 8, 20). C\u2019est pour lui une attitude fondamentale, depuis sa naissance, dans une cr\u00e8che, \u00ab parce qu\u2019il n\u2019y avait pas de place pour eux \u00e0 l\u2019h\u00f4tellerie \u00bb (Lc 2, 7). \tLa pauvret\u00e9 volontaire a \u00e9t\u00e9, au long des si\u00e8cles, un chemin choisi par ceux et celles qui d\u00e9siraient suivre leur Ma\u00eetre d\u2019une fa\u00e7on plus radicale, et un signe puissant de la v\u00e9rit\u00e9 du Royaume de Dieu. Tous ceux qui l\u2019ont exp\u00e9riment\u00e9 savent que ce d\u00e9tachement laisse le c\u0153ur libre pour faire du Seigneur et de son Royaume leur tr\u00e9sor et leur richesse. Dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui, ils sont des centaines de milliers, hommes et femmes, qui ont choisi ce chemin de la pauvret\u00e9 et du d\u00e9tachement, en restant plus libres pour la pri\u00e8re et pour l\u2019amour. Dans un monde malade de la hantise de la possession et de l\u2019avoir, ils sont un signe de la vraie libert\u00e9 \u00e9vang\u00e9lique. \tLe d\u00e9tachement des biens mat\u00e9riels n\u2019a pas de valeur s\u2019il ne signifie pas une vraie libert\u00e9 spirituelle. C\u2019est pour cela que le Seigneur proclame heureux les pauvres de c\u0153ur. La signification morale de ce d\u00e9tachement, c\u2019est une plus grande libert\u00e9 du c\u0153ur pour l\u2019amour de Dieu et de nos fr\u00e8res, surtout ceux \u00e0 qui manque le n\u00e9cessaire. Le partage devient, de nos jours, une expression tr\u00e8s importante du d\u00e9tachement. Ce sont les exigences de la charit\u00e9 qui m\u2019appellent \u00e0 la pauvret\u00e9. Cro\u00eetre dans l\u2019amour des fr\u00e8res est, chaque jour davantage, apprendre \u00e0 partager. \tLe d\u00e9fi du partage prend, aujourd\u2019hui, des dimensions colossales devant le contraste entre riches et pauvres au niveau mondial. Dans sa premi\u00e8re encyclique le Saint-P\u00e8re a d\u00e9crit cette situation comme \u00ab une sorte de gigantesque d\u00e9veloppement de la parabole biblique du riche qui festoie et du pauvre Lazare \u00bb3. Le Saint-P\u00e8re analysait comme suit la situation du monde contemporain : \u00ab Si nous osons d\u00e9finir la situation de l\u2019homme dans le monde contemporain comme \u00e9loign\u00e9e des exigences objectives de l\u2019ordre moral, \u00e9loign\u00e9e des exigences de la justice et, plus encore, de l\u2019amour social, c\u2019est parce que cela se voit confirm\u00e9 par des faits et des exemples bien connus, qui ont d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9 plus d\u2019une fois leur \u00e9cho dans les documents pontificaux, conciliaires, synodaux. La situation de l\u2019homme \u00e0 notre \u00e9poque n\u2019est certainement pas uniforme ; elle est diff\u00e9renci\u00e9e de multiples fa\u00e7ons. Ces diff\u00e9rences ont leurs causes historiques, mais elles ont aussi une forte r\u00e9sonance \u00e9thique. On conna\u00eet bien, en effet, le cadre de la civilisation de consommation, qui consiste dans un certain exc\u00e8s des biens n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019homme, \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s enti\u00e8res \u2013 et il s\u2019agit ici des soci\u00e9t\u00e9s riches et tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9es \u2013, tandis que les autres soci\u00e9t\u00e9s, au moins de larges couches de celles-ci, souffrent de la faim et que beaucoup de personnes meurent chaque jour d\u2019inanition et de malnutrition. Parall\u00e8lement, il y a pour les uns un certain abus de la libert\u00e9, qui est li\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 un app\u00e9tit de consommation non contr\u00f4l\u00e9 par la morale, et cet abus limite par le fait m\u00eame la libert\u00e9 des autres, c\u2019est-\u00e0-dire de ceux qui souffrent de d\u00e9ficiences importantes et sont entra\u00een\u00e9s vers des conditions de mis\u00e8re et d\u2019indigence encore plus fortes \u00bb4. \tCe devoir de partager trouve son fondement dans la destination universelle des biens et des richesses. C\u2019est encore Jean-Paul II qui nous le rappelle \u00e0 propos des limites du droit \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e : \u00ab La tradition chr\u00e9tienne n\u2019a jamais soutenu ce droit comme un droit absolu et intangible. Au contraire, elle l\u2019a toujours entendu dans le contexte plus vaste du droit commun de tous \u00e0 utiliser les biens de la cr\u00e9ation tout enti\u00e8re : le droit \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e est subordonn\u00e9 \u00e0 celui de l\u2019usage commun, \u00e0 la destination universelle des biens \u00bb5. \tLa pauvret\u00e9 du c\u0153ur invite les chr\u00e9tiens qui jouent des r\u00f4les importants dans la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 des attitudes courageuses en ce qui concerne l\u2019\u00e9conomie et la compr\u00e9hension du progr\u00e8s des peuples et du d\u00e9veloppement des nations. Les syst\u00e8mes \u00e9conomiques se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s impuissants \u00e0 instaurer la justice. Par exemple les \u00e9conomies lib\u00e9rales se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es capables d\u2019engendrer la richesse, mais incapables de la distribuer de fa\u00e7on \u00e9quitable et de r\u00e9soudre le probl\u00e8me de la pauvret\u00e9. Tout au contraire, des th\u00e9ories \u00e9conomiques commencent \u00e0 soutenir que la pauvret\u00e9 n\u2019est pas un probl\u00e8me \u00e0 r\u00e9soudre, mais un donn\u00e9 de plus \u00e0 prendre en compte dans les syst\u00e8mes \u00e9conomiques eux-m\u00eames. Toute politique \u00e9conomique doit au contraire avoir une dimension sociale, et viser \u00e0 int\u00e9grer les pauvres dans la vie commune. \tLe Saint-P\u00e8re nous pr\u00e9sente un d\u00e9fi tr\u00e8s clair : les sympt\u00f4mes de d\u00e9sordre moral que l\u2019on remarque dans le monde entier appellent des innovations hardies et cr\u00e9atrices, conformes \u00e0 la dignit\u00e9 authentique de l\u2019homme6. \tIl faudra provoquer des ruptures dans les structures du d\u00e9veloppement. Je cite encore Jean-Paul II : \u00ab L\u2019ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne met en cause les structures et les m\u00e9canismes financiers, mon\u00e9taires, productifs et commerciaux qui, appuy\u00e9s sur des pressions politiques diverses, r\u00e9gissent l\u2019\u00e9conomie mondiale : ils s\u2019av\u00e8rent incapables de r\u00e9soudre les injustices h\u00e9rit\u00e9es du pass\u00e9 et de faire face aux d\u00e9fis urgents et aux exigences \u00e9thiques du pr\u00e9sent. Tout en soumettant l\u2019homme aux tensions qu\u2019il cr\u00e9e lui-m\u00eame, tout en dilapidant, \u00e0 un rythme acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, les ressources mat\u00e9rielles et \u00e9nerg\u00e9tiques et tout en compromettant l\u2019environnement g\u00e9ophysique, ces structures font s\u2019\u00e9tendre sans cesse les zones de mis\u00e8re et avec elles la d\u00e9tresse, la frustration et l\u2019amertume. Nous sommes ici en face d\u2019un drame dont l\u2019ampleur ne peut laisser personne indiff\u00e9rent \u00bb. \tHeureux les pauvres du c\u0153ur ! Aujourd\u2019hui sont ceux qui croient qu\u2019un monde nouveau et plus juste est possible, et qui sont disponibles pour parier sur cette cause tout ce qu\u2019ils ont et tout ce dont ils sont capables. Au d\u00e9but de ce Car\u00eame, demandons-nous, en toute v\u00e9rit\u00e9 : o\u00f9 est notre c\u0153ur ? O\u00f9 est notre tr\u00e9sor ? Par quels chemins cherchons-nous le bonheur ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Confer\u00eancia de Quaresma proferida por D. 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